Classé dans : Au fil de mes lectures
Combien le pape au fond de son faste,
sans être moins vénérable,
par la sainte loi du contraste
doit attirer le diable.
Peut-être qu’on compte trop peu
avec ce mouvant équilibre;
il y a des courants dans le Tibre,
tout jeu veut son contre-jeu.
Je me rappelle Rodin
qui me dit un jour d’un air mâle
(nous prenions, à Chartres, le train)
que, trop pure, la cathédrale
provoque un vent de dédain.
Aus: Vergers (1924/1925)
Classé dans : Un seul corps pour plusieurs vies
Nous n’avouons nos chagrins à un autre que pour le faire souffrir, pour qu’il les prenne à son compte. Si nous voulions nous l’attacher, nous ne lui ferions part que de nos tourments abstraits, les seuls qu’accueillent avec empressement tous ceux qui nous aiment.
Classé dans : Non classé
La nation et le meilleur rempart contre le nationalisme.
Nation : pays(age) + langue. Pas race. La Belgique serait aussi bien la Belgique si elle n’était peuplée que de Beurs, de Noirs ou de Jaunes qui parlent français ou flamand et ont nos coutumes. Cette simple remarque change tout. Les vrais « étrangers », les vrais « immigrés » d’aujourd’hui sont les belges « de souche qui parlent et vivent en Américains. Inversement, n’importe quel petit maghrébin des Marolles ou de Marchiennes qui invente des rimes en « eur » ou en « ette » et trempe le matin sa tranche de Cramique au beurre salé dans son cacao est plus Belge qu’un Galloricain de multinationale.
(Hélas, cette belle généralisation est de moins en moins vraie. Les « tags », les casquettes de hockey et le phénomène des bandes de banlieue nous rappellent cruellement que les plus défavorisés peuvent être aussi les proies les plus faciles de la colonisation.)
Classé dans : Appogiature
Jolies passantes de Passy
Je me demande souvent si
Dans le plaisir qu’on dit charnel
Vous gardez vos tailleurs Chanel
Jolies passantes de Passy
J’aperçois quand, dans vos taxis,
Vous partez pour quelque cocktail
Sur une épaule, une bretelle
J’envie vos dentelles
Le matin quand elles
Vous entourent de leurs
Lacis
Sans parler des pailles
De vos Martini Dry
De vos glaces aux papayes
Aussi
Jolies passantes de Passy
Je me demande souvent si
Dans les jumpings à Bagatelle
Vous portez des porte-jarretelles
Quand le dimanche en Givenchy
Si sages sous vos robes en vichy
Le diable s’immisce dans vos missels
Tripotez-vous la p’tite ficelle
Les chambres d’hôtel
Les filles de passage
Tous ces minitels
Leurs messages
Les amours par douze
Des salons de massage
Moi, ça me donne le blues
De vos corsages
Jolies passantes de Passy
Je me demande souvent qui
Bourdonne dans vos nid d’abeilles
Flâne la nuit sous vos flanelles
Je vous ferai, c’est dommage,
Ni frais ni hommage
C’est peut-être mieux ainsi
Moi, les femmes fidèles
Je me méfie d’elles
Elles sont bien plus chiennes
Classé dans : Dictionnaire amoureux
On ne porte pas seul longtemps un amour à bout de bras. Ou cela devient de la gonflette!
Classé dans : Un seul corps pour plusieurs vies
Le narcissisme, hélas ! est universel. Ne change que la dose d’effort qu’on y met. Il y a le narcissisme « qui a sa dignité », en réalité le narcissisme paresseux, qui ne fait jamais vraiment ce qu’il faut pour sa cause. Et il y a le narcissisme qui mouille sa chemise, mal vu au début car ses mesquineries, complaisances et trucages sautent aux yeux ; puis on n’y pense plus et, à la longue, c’est lui qui gagne.
Le pire qui puisse arriver à un homme qui a l’insigne faiblesse de penser à sa gloire, c’est de s’y prendre comme un manche et, au bout du compte, par scru pules de dernière heure, modestie mal placée ou peur d’être percé à jour, de n’en obtenir aucune.
Nous finissons tous comme Narcisse. Ne changent que l’âge auquel chacun succombe et le nombre de bulles grotesques qu’il fait en se noyant dans sa propre image (ah ! ces vieillards dignes qui soudain ne le sont plus, ces ex-discrets qui se mettent intarissablement à parler d’eux-mêmes, qui font verbalement sous eux!)
Classé dans : Dictionnaire amoureux
Il en est des relations avec les êtres comme de la relation avec Dieu selon Pascal : à un certain moment, il faut parier. Non plus composer, doser, tergiverser, mettre ses oeufs dans tous les paniers, mais s’engager enfin, une fois. Lavelle : « Bien qu’il [l'amour] soit universel et qu’il nous oblige à aimer toutes les créatures comme l’intelligence qui, elle aussi, est universelle et nous oblige à penser tout ce qui est, on comprend qu’il puisse y avoir pour lui un être d’élection sur lequel il est juste qu’il se porte, comme l’intelligence qui s’attache avec prédilection à une seule idée où elle retrouve pourtant la vérité tout entière. » Et Jankélévitch : « Les amitiés s’entre-empêchent dans un coeur trop hospitalier. »
A Few Words in Defense of Our Country
By Randy Newman
I’d like to say a few words
In defense of our country
Whose people aren’t bad nor are they mean
Now the leaders we have
While they’re the worst that we’ve had
Are hardly the worst this poor world has seen
Let’s turn history’s pages, shall we?
Take the Caesars for example
Why within the first few of them
They had split Gaul into three parts
Fed the Christians to the lions
And burned down the City
And one of ’em
Appointed his own horse Consul of the Empire
That’s like vice president or something
That’s not a very good example, is it?
But wait, here’s one, the Spanish Inquisition
They put people in a terrible position
I don’t even like to think about it
Well, sometimes I like to think about it
Just a few words in defense of our country
Whose time at the top
Could be coming to an end
Now we don’t want their love
And respect at this point is pretty much out of the question
But in times like these
We sure could use a friend
Hitler. Stalin.
Men who need no introduction
King Leopold of Belgium. That’s right.
Everyone thinks he’s so great
Well he owned The Congo
He tore it up too
He took the diamonds, he took the gold
He took the silver
Know what he left them with?
Malaria
A president once said,
“The only thing we have to fear is fear itself”
Now it seems like we’re supposed to be afraid
It’s patriotic in fact and color coded
And what are we supposed to be afraid of?
Why, of being afraid
That’s what terror means, doesn’t it?
That’s what it used to mean
The end of an empire is messy at best
And this empire is ending
Like all the rest
Like the Spanish Armada adrift on the sea
We’re adrift in the land of the brave
And the home of the free
Goodbye. Goodbye. Goodbye.
Classé dans : Livraisons
Je me suis toujours dit qu’il y a trois types de malfaisants sur la planète : le juriste, le psy et le con. Si je veux commettre une saloperie, je trouverai toujours un juriste pour justifier mon acte, un psy pour l’excuser et un con pour me pardonner…
Classé dans : Un seul corps pour plusieurs vies
Les gens qui vont voter Non à la constitution européenne sont des crétins, des abrutis, des imbéciles, des incultes. Petit pouvoir d’achat, petit cerveau, petite pensée, petits sentiments. Pas de diplômes, pas de livres chez eux, pas de culture, pas d’intelligence. Ils habitent en campagne, en province. Des paysans, des pécores, des péquenots, des ploucs. Ils n’ont pas le sens de l’Histoire, ne savent pas à quoi ressemble un grand projet politique. Ils ignorent le grand souffle du Progrès. Ils crèvent de peur.
Jadis, ces mêmes débiles ont voté non à Maastricht ignorant que le oui allait apporter le pouvoir d’achat, la fin du chômage, le plein emploi, la croissance, le progrès, la tolérance entre les peuples, la fraternité, la disparition du racisme et de la xénophobie, l’abolition de toutes les contradictions et de toute la négativité de nos civilisations post-modernes, donc capitalistes, version libérale.
L’électeur du Non est populiste, démagogue, extrémiste, mécontent, réactif. C’est le prototype de l’homme du ressentiment. Sa voix se mêle d’ailleurs à tous les fascistes, gauchistes, altermondialistes et autres partisans vaguement Degrellien, cette vieille lune dépassée à l’heure de la mondialisation heureuse. Disons le tout net : un souverainiste est un
chien.
En revanche, l’électeur du Oui est génial, lucide, intelligent. Grosse carte VISA, immense encéphale, gigantesque vision du monde, hypertrophie du sentiment généreux. Diplômé du supérieur, heureux possesseur d’une bibliothèque de Pléiades flambant neufs, doté d’un savoir sans bornes et d’une sagacité inouïe, il est propriétaire en ville, urbain convaincu, Bruxellois,Parisien ou Madrilène si possible. Il a le sens de l’Histoire, d’ailleurs il a installé son fauteuil dans son sens et ne
manque aucune des manies de son siècle. Le Progrès, il connaît. La Peur ? Il ignore. Le debordien Sollers, le sartrien BHL et le kantien Luc Ferry vous le diront.
Bien sûr le Ouiste a voté oui à Maastricht et constaté que, comme prévu, les salaires s’en sont
trouvé augmentés, le chômage diminué et fortifiée l’amitié entre les communautés. Le votant
du Oui est démocrate, modéré, heureux, bien dans sa peau, équilibré, analysé de longue date.
Sa voix se mêle d’ailleurs à des gens qui, comme lui, exècrent les excès : le démocrate libéral, l’humaniste de conviction chrétienne, le socialiste wallon, le patron à l’écoute, l’écologiste mondain. Dur de ne pas être Ouiste…
Jusqu’où doit-on aller avant de commettre l’irréparable….?