Fuck JetAIR

janvier 24, 2008

Il y a entre le voyageur et le touriste la même diffé­rence qu’entre le tournedos Rossini et le hamburger, ou qu’entre un cheval de course et une nuée de sauterelles. L’un se décline au singulier et l’autre au pluriel.

Le voyageur n’aspire qu’à une chose : passer inaperçu, disparaître dans le paysage, devenir une sorte de double discret et attentif, fervent, des habitants d’un lieu — un cousin, en quelque sorte. Le touriste, en troupeau frileux, arrive au contraire partout comme le cheveu sur la soupe, ne renonçant à rien de son indiscrète et bruyante identité, estimant normal et même impérieux de retrouver partout, hors de chez lui, ses petites ou ses grosses habi­tudes — sa bière ou son Coca-Cola, ses ice creams ou son café, sa langue, sa télévision, ses pin up, ses horaires de repas. Pareil à ces armées modernes qui se déplacent avec toute leur « logistique », ils sont les petits soldats, adi­peux et vulgaires, des nouvelles armées d’occupations du capitalisme. Jouant d’une vague ressemblance véhicu­laire, feignant l’incompréhension linguistique, ils obs­truent les couloirs réservés aux autobus de la ville avec leurs cars immenses à air climatisé et verres opaques, garés l’un derrière l’autre en longues files lugubres comme, en d’autres temps, les chars d’assaut ou les cars de CRS. Ils voient d’ailleurs les « indigènes » du même point de vue : d’en haut, comme des fourmis résignées et vaguement drôles à regarder… de loin.

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