Aphorisme
février 26, 2008
Précieux aphorisme. Prétentieux aphorisme.
Un aphorisme est une vue sur le monde en forme de définition ou d’observation brève, sous-tendue par une figure de rhétorique, généralement le paradoxe ou l’allusion (à une formule célèbre, proverbe ou citation), et agrémentée d’un jeu sur les mots (répétition, assonance).
Dans le meilleur des cas, c’est une épigramme concentrée, un haïku drôle, un mot d’esprit qui va loin.
C’est la forme de ceux qui essaient de partir de rien pour dire qu’ils sont revenus de tout.
C’est un dauphin qui sort de l’eau et y replonge. Il ne nous dit rien de la profondeur de la mer.
Comme l’épigramme au XIXe siècle, il a tenté trop de militaires en retraite et de jeunes fats pour n’être pas une forme suspecte.
L’aphorisme réussi est un miracle improbable : il doit associer une vérité résumant toute une vie et un mot d’esprit ; la profondeur et la légèreté. Souvent on a la vérité sans l’esprit et, plus souvent encore, le mot d’esprit sans la vérité.
Au royaume de l’aphorisme, l’étincelle est souvent prise pour le feu et l’éclaboussure pour l’eau.
Mais quelquefois c’est la foudre la nuit. L’espace d’une seconde, l’un d’eux nous fait mieux voir le monde qu’en plein jour.
Ce sont des fleurs sauvages dans un bois. Et les cailloux du Petit Poucet (car ils doivent conduire quelque part).
Seulement justifiés s’ils sont une vision du monde en pointillés, non les confettis du vide.
Pourquoi donner ainsi une pensée en fragments plutôt que d’un seul tenant ? Pour qu’on ait le plaisir des enfants cherchant les oeufs de Pâques dans le jardin ou jouant à un jeu de piste. Le plaisir de rapprocher les morceaux du puzzle pour que l’image complète apparaisse.
Puzzle ? Les aphorismes sont verticaux, partant des profondeurs ou fusant vers le ciel. L’horizontalité ne leur va pas : ils se gênent, s’emboîtent mal les uns aux autres, se contredisent même parfois.
Leur manière étant la définition surprenante, généralisante et péremptoire, ils s’accommodent mal des doutes, des nuances, des raisonnements, des efforts d’arasement et de synthèse qui font une pensée.
Ils peuvent cependant faire pensée (par exemple chez Leopardi ou chez Nietzsche).
Des affirmations excessives et contradictoires se juxtaposent au lieu de se fondre en une proposition unique et apaisée. Ils sont une vision du monde en éclats. Une pensée encore en gésine et en guerre, antérieure au laminage final. Une pensée avant la pensée.