Le comte des Lissances était un bel esprit mais l’importance lui tournait la tête ; son ver rongeur était de n’être point le maître de toute la télématique du royaume. Toujours plein de ses occupations et, avec qui que ce fût, roi de ses moments et de ses heures, et le tyran de ses familiers, il s’étourdissait de sa fonction sans peut-être y croire lui-même. Personne n’avait plus d’agrément, de mémoire, de lumière, de connaissance de notre informatique, d’art de ménagement pour savoir les prendre, plaire, s’insinuer, et parler toutes sortes de langages ( asp, java, xml, asps) ; beaucoup de savoirs et des talents sans nombre qui le rendaient propre à tout, car en surplus il était décoratif. Tandis que Sa Majesté se réservait de choisir quel sous-traîtant serait le plus à même de fournir à sa cour l’infrastructure de communication ; pigeon voyageur et autre messager, le comte additionnait les voyages et les formation de programmeur et le travail à domicile, lançant des solutions qui tombaient aussitôt, mal faisables ou mal perçues, faute de moyens, faute de clarté, faute d’une étude approfondie des dossiers particuliers à chaque mission. Le comte se fiait trop à sa rigueur binaire comme s’il passait la main sur une rangée de moulins à prières, mais les formules mécaniques ne montaient guère jusqu’au ciel et les dieux lui étaient sourds.
Archives mensuelles : mai 2008
LA GRANDE DUCHESSE (DE GERÖLSTEIN)
C’était une Carolorégienne des bords de Meuse. Elle avait du mordant, on disait même qu’elle avait de grandes dents, tant au-dehors qu’au-dedans. Sa filiation, son féminin, son âge tendre encore pour un puissant ministère, tout ce qui devait l’entraver la libéra. Se retournant vers son passé, la baronne lançait des formules : « On peut être pauvre et heureux », ceci à l’adresse de ces millions de pauvres englués tout en bas, sans autre espoir que l’EuroMillions, et dont personne ne voulait même au banc de nage d’une galère. La Grande Duchesse leur prouvait qu’elle aussi venait d’en bas, à la cité du pays noir, avec une ribambelle à nourrir qui n’avait tôt fait que de mettre à sac son carrosse de fonction, pour des parents qui n’avaient pas appris à lire. A l’école, qui n’était pas tout à fait celle de la République mais celle des carmélites, et portait un nom prédestiné, le Devoir, la jeune baronne disait déjà à ses condisciples de s’ouvrir, et aux cours de catéchisme leur lisait des extrait du code pénal. Mais voyons-la monter par échelon, dans une ascension impatiente et laborieuse comme il sied aux acharnés. A 15 ans, elle était sacrée meilleure vendeuse en bains moussants et lotions rafraîchissantes pour danseuses du ballet royal de Belgique notre voisin pays, puis, pour financer ses études de Doit dans le Namurois, elle se fit aide-soignante de nuit, à vider les pots des scrofuleux, passant ensuite au rayon charcuterie chez GB. Ayant appris le porte-à-porte, elle allait s’en servir, mais à de meilleures portes et avec culot. Elle écrivit aux plus grands, les bouscula, les éblouit de son aplomb. Aussi, lorsque devenue magistrate elle sollicita la grandissime faveur de travailler aux côtés de l’empereur GIBERT V, lors même que notre Souveain n’était que prétendant au trône, celui-ci se reconnut en elle et l’adopta.