Les gens qui vont voter Non à la constitution européenne sont des crétins, des abrutis, des imbéciles, des incultes. Petit pouvoir d’achat, petit cerveau, petite pensée, petits sentiments. Pas de diplômes, pas de livres chez eux, pas de culture, pas d’intelligence. Ils habitent en campagne, en province. Des paysans, des pécores, des péquenots, des ploucs. Ils n’ont pas le sens de l’Histoire, ne savent pas à quoi ressemble un grand projet politique. Ils ignorent le grand souffle du Progrès. Ils crèvent de peur.
Jadis, ces mêmes débiles ont voté non à Maastricht ignorant que le oui allait apporter le pouvoir d’achat, la fin du chômage, le plein emploi, la croissance, le progrès, la tolérance entre les peuples, la fraternité, la disparition du racisme et de la xénophobie, l’abolition de toutes les contradictions et de toute la négativité de nos civilisations post-modernes, donc capitalistes, version libérale.
L’électeur du Non est populiste, démagogue, extrémiste, mécontent, réactif. C’est le prototype de l’homme du ressentiment. Sa voix se mêle d’ailleurs à tous les fascistes, gauchistes, altermondialistes et autres partisans vaguement Degrellien, cette vieille lune dépassée à l’heure de la mondialisation heureuse. Disons le tout net : un souverainiste est un
chien.
En revanche, l’électeur du Oui est génial, lucide, intelligent. Grosse carte VISA, immense encéphale, gigantesque vision du monde, hypertrophie du sentiment généreux. Diplômé du supérieur, heureux possesseur d’une bibliothèque de Pléiades flambant neufs, doté d’un savoir sans bornes et d’une sagacité inouïe, il est propriétaire en ville, urbain convaincu, Bruxellois,Parisien ou Madrilène si possible. Il a le sens de l’Histoire, d’ailleurs il a installé son fauteuil dans son sens et ne
manque aucune des manies de son siècle. Le Progrès, il connaît. La Peur ? Il ignore. Le debordien Sollers, le sartrien BHL et le kantien Luc Ferry vous le diront.
Bien sûr le Ouiste a voté oui à Maastricht et constaté que, comme prévu, les salaires s’en sont
trouvé augmentés, le chômage diminué et fortifiée l’amitié entre les communautés. Le votant
du Oui est démocrate, modéré, heureux, bien dans sa peau, équilibré, analysé de longue date.
Sa voix se mêle d’ailleurs à des gens qui, comme lui, exècrent les excès : le démocrate libéral, l’humaniste de conviction chrétienne, le socialiste wallon, le patron à l’écoute, l’écologiste mondain. Dur de ne pas être Ouiste…

Jusqu’où doit-on aller avant de commettre l’irréparable….?

Colères populaires

juin 10, 2008

Des employés, des cadres inquiets du prix de leur alimentation courante ; des travailleurs pauvres, des retraités glanant dans les poubelles des supermarchés : la question du pouvoir d’achat dissout le crédit des gouvernements en place. En Belgique, en France, en Italie, au Royaume-Uni, les formations au pouvoir ont essuyé de cuisants revers lors des élections communales. Aux Etats-Unis, le Parti républicain a perdu depuis mars dernier trois de ses bastions lors de consultations législatives partielles. L’une des circonscriptions lui était acquise depuis trente-trois ans, l’autre depuis vingt-deux. Dans la troisième, le sortant avait été réélu lors du scrutin précédent avec 66 % des voix.

Pour une majorité de la population, la vie quotidienne se durcit. En Italie et en Espagne, le mal est imputé à l’euro. Mais le « panier de consommation » britannique coûte lui aussi 15 % de plus qu’il y a un an. Et, dans le même laps de temps, le prix des œufs a augmenté de 30 % dans nos supermarchés ; celui du lait, des tomates, de 15 % ; celui du riz, des pâtes, du pain, de 12 %. Ni le prix des loyers, ni ceux de l’énergie n’apaisent la blessure…

Une reprise — aléatoire — de la croissance ne résoudra pas le problème de fond. Inversant un propos fameux datant de 1953 (« Ce qui est bon pour General Motors est bon pour le pays »), l’ancien ministre des finances américain Lawrence Summers vient d’admettre que « ce qui est bon pour l’économie mondiale et les champions du business ne l’est pas nécessairement pour les salariés ». Motif invoqué pour un tel tête-à-queue : « Un découplage peut-être inévitable entre le monde des affaires et celui des nations (1). »

Inévitable, pas imprévu… Consécutifs à une guerre aux salaires conduite au nom de la recherche de « compétitivité » et de la rage taxatoire imprimée aux entreprises sur le sacro-saint « coût du travail », la stagnation ou le recul du pouvoir d’achat ont été enfantés par des choix politiques. La leçon a-t-elle été retenue dans plusieurs pays européens ? Grève des ouvriers allemands en mars dernier, des enseignants britanniques en avril, des routiers grecs et des marins pêcheurs français en mai…

Pour qui refuse de voir que la baisse de la part des revenus du travail dans la richesse nationale explique les problèmes actuels de niveau de vie (2), les « solutions » de rechange ne font jamais défaut. Davantage d’hypermarchés pour « accroître la concurrence entre les distributeurs », ainsi que le propose Notre Ami Didier Reynders. Davantage de « sacrifices » afin que l’augmentation des prix alimentaires ou de ceux de l’énergie soit absorbée sans contrepartie par les salariés. Et qu’ils concourent ainsi aux objectifs sacrés (2 % d’inflation) qui obsèdent une Banque centrale européenne avant tout soucieuse de complaire aux rentiers et à leur pouvoir d’achat.

Quant aux autres, ils peuvent toujours, tel l’avare de Molière, « faire bonne chère avec peu d’argent ». Directeur général du Centre de recherche pour l’information des organisations de consommateur, M. Marc VANDERCAMEN le leur suggère : « Le consommateur devra apprendre à optimiser son budget. Ce qu’il sait d’ailleurs déjà assez bien faire. Mais sans se plaindre, en acceptant que le pouvoir d’achat devienne peu à peu une notion plus qualitative, une capacité à arbitrer entre différentes dépenses, bref un pouvoir de choisir ses achats (3). » Un sociologue lui a emboîté le pas : « On peut très bien payer ses communications téléphoniques à la carte. De même pour le loyer : on peut choisir de déménager pour un logement moins cher (4). »

Travailler plus longtemps, vivre moins bien : faute d’un coup d’arrêt inspiré d’un précédent vieux de quarante ans, la destination proposée a le mérite de la clarté.

(1) Lawrence Summers, « A strategy to promote healthy globalisation », Financial Times, Londres, 5 mai 2008.

(2) Aux Etats-Unis, le cycle de croissance 2000-2007 s’est conclu avec une moitié des familles disposant de revenus inférieurs à ce qu’ils étaient sept ans plus tôt, une situation sans précédent historique.

(3) PRIX JUSTE OU JUSTE LE PRIX LA GUERRE DES PRIX AURA-T-ELLE LIEU ?, Bruxelles, 8 Novembre, 2007.

(4) Gérard Mermet, Les Echos, Paris, 21 avril 2008.

À force d’être odieux on finit tout de bon par se faire haïr. Ce qu’on donne en amour finit toujours, dit-on, par nous être imputé. Ce qu’on ne donne pas aussi.

LA MARQUISE DE WALESA

juin 6, 2008

Sa Majesté nomma comme seconde courtisane, après la marquise de Lyon, la marquise de Walesa en expliquant que si elle n’était en rien issue de l’univers de l’intelligence qualitative, elle avait longtemps jonglé avec ses notions en ayant eu pour amant le Duc de Pouf-Pouf.

Notre Energique Souverain appréciait l’allure ranine* et volontaire de la marquise, sa façon de truffer les phrases d’injonctions perlocutoires sur le caractère désespérant et désespéré de la cour, ses exploits d’hier face à la dépression, son goût ardent de la course à pied dans les galeries du palais, et, au-dessus de tout, qu’elle fut la grand tante par alliance du chef de Directoire de la cour à l’époque où notre glorieux royaume ressemblait plus à Chicago qu’à une cité veule, grégaire et commune . Chicago ! La Chicago mythique des séries télévisées dont Sa Majesté était gavée, la Chicago des gangs, des distilleries clandestines et des mitraillettes aux chargeurs en camembert, la Chicago d’Al Capone et d’Eliot Ness. Il y avait un peu de ce sel chez la marquise de Walesa. Elle ne présentait bien en aucune circonstance hâlée comme au retour de Biarritz, le cheveu prune et fer taillé comme un casque de soldat de l’empire, les lunettes de prix mais négligemment posée sur un regard absent de toute curiosité intellectuelle, un sourire plein de dents fort hollywoodien. Enfin, elle illustrait jusqu’à l’extravagance l’individualisme forcené de la pensée régnante. « Vous voulez gagner des sous ? disait-elle. Faites comme moi, travaillez plus et plus encore, arrêtez de penser, agissez ! »

*Ranidés, subst. masc. plur., zool. Famille de batraciens anoures comprenant notamment les grenouilles. Les Grenouilles, ou Ranidés (…) constituent la famille d’Anoures la plus riche en espèces (La Vie des animaux, dir. P.-P. Grassé, 1977 [1969], p. 349).

Prononc.: [ʀanin]. Étymol. et Hist. 1. 1690 veines ranines (Fur., s.v. ranulaire); 2. 1803 « espèce de cancre qui ressemble à la grenouille » (Boiste). Dér. sav. du lat. rana « grenouille », au sens 1 à cause d’une certaine anal. de forme; cf. ant. ranin qualifiant l’ache qui croît dans les eaux habitées par des grenouilles (xve s.; 2 attest. ds Gdf.).

C’est pas par avarice
Mais je bosse qu’avec des vilaines
Si j’avais été Pâris
J’aurais pas voulu d’Hélène
Je fais gaffe aux noisettes
Comme au Farah Fawcett
On s’y casse les dents
Souvent y’a rien dedans Read the rest of this entry »