LA MARQUISE DE WALESA
juin 6, 2008
Sa Majesté nomma comme seconde courtisane, après la marquise de Lyon, la marquise de Walesa en expliquant que si elle n’était en rien issue de l’univers de l’intelligence qualitative, elle avait longtemps jonglé avec ses notions en ayant eu pour amant le Duc de Pouf-Pouf.
Notre Energique Souverain appréciait l’allure ranine* et volontaire de la marquise, sa façon de truffer les phrases d’injonctions perlocutoires sur le caractère désespérant et désespéré de la cour, ses exploits d’hier face à la dépression, son goût ardent de la course à pied dans les galeries du palais, et, au-dessus de tout, qu’elle fut la grand tante par alliance du chef de Directoire de la cour à l’époque où notre glorieux royaume ressemblait plus à Chicago qu’à une cité veule, grégaire et commune . Chicago ! La Chicago mythique des séries télévisées dont Sa Majesté était gavée, la Chicago des gangs, des distilleries clandestines et des mitraillettes aux chargeurs en camembert, la Chicago d’Al Capone et d’Eliot Ness. Il y avait un peu de ce sel chez la marquise de Walesa. Elle ne présentait bien en aucune circonstance hâlée comme au retour de Biarritz, le cheveu prune et fer taillé comme un casque de soldat de l’empire, les lunettes de prix mais négligemment posée sur un regard absent de toute curiosité intellectuelle, un sourire plein de dents fort hollywoodien. Enfin, elle illustrait jusqu’à l’extravagance l’individualisme forcené de la pensée régnante. « Vous voulez gagner des sous ? disait-elle. Faites comme moi, travaillez plus et plus encore, arrêtez de penser, agissez ! »
*Ranidés, subst. masc. plur., zool. Famille de batraciens anoures comprenant notamment les grenouilles. Les Grenouilles, ou Ranidés (…) constituent la famille d’Anoures la plus riche en espèces (La Vie des animaux, dir. P.-P. Grassé, 1977 [1969], p. 349).
Prononc.: [ʀanin]. Étymol. et Hist. 1. 1690 veines ranines (Fur., s.v. ranulaire); 2. 1803 « espèce de cancre qui ressemble à la grenouille » (Boiste). Dér. sav. du lat. rana « grenouille », au sens 1 à cause d’une certaine anal. de forme; cf. ant. ranin qualifiant l’ache qui croît dans les eaux habitées par des grenouilles (xve s.; 2 attest. ds Gdf.).