USA, l’indissociable brutalité…
août 10, 2009
Dans certains domaines de la compréhension humaine, hasarder une réponse est le meilleur moyen d’en élucider la question. Il est stupéfiant de constater le succès que rencontrent les films de Steven Seagal. Car il faut bien admettre que sa production cinématographique regorge d’œuvres de séries b que l’on ne croyaient pas promises à de tels succès populaires.
Partant d’une trame narrative peu solide, un homme rangé au passé obscur dissimule en fait un agent du FBI ou CIA selon le profil de l’ennemi décide de se venger d’un méchant qui à fait bobo à sa famille, le film type de cet acteur ne peut plus surprendre que par des effets visuels et des retournements de situation spectaculaires. Derrière l’homme, une légende. Derrière la légende, le mystère d’un homme dont le passé se dissimule dans les brumes des matins d’asie.
Si le strabisme est divergent chez Sartre autant dire que le kunf-fu fighting est convergent chez notre héros. Comme me le disais encore, il y a peu, Chuck Maurice le président du fan club de Chuck Norris pour la Wallonie « Un roi sans royaume est une figure ridicule, mais une guerre entre prétendants à la succession dans un royaume sans territoire l’emporte sur tous les ridicules. » . Je sais, c’est pas vraiment de ce genre de type que l’on pensait entendre un jour du Kierkegaard mais l’appel de Léo, eh oui notre fan se prénomme de la sorte, convoque et mobilise les intelligences sur les ressorts scénaristique de ce genre de films et sur la mentalité du lambda américain, grand consommateur de Steven Seagal.
Avec Gangs of New York, son très beau film sur les années 1840, Martin Scorsese montre que la violence américaine n’a jamais été cantonnée à la conquête du Far West, ni, a fortiori, à quelques épisodes sporadiques comme les mafias sous la prohibition des années 1920 ou les émeutes raciales des années 1960. Elle se manifeste très tôt dans l’histoire du pays, dès la première minute du débarquement de chaque immigré. Cette violence immédiate, extrême, sans fin, concerne d’emblée toutes les strates de la société. Elle saisit l’arrivant pauvre en le propulsant dans des hangars hideux où s’entasse une foule hurlante. Mais aussi le riche qui voit brûler sa maison à la moindre échauffourée. Et encore la population modeste dont les canonnières du gouvernement d’Abraham Lincoln bombardent les habitations en représailles de manifestations de rue. Déjà le recours aux bombardements civils était une technique privilégiée de la police sociale, nationale ou internationale !
L’attitude américaine vengeresse, qui conduit à traiter inhumainement les prisonniers afghans (et non afghans) à Guantanamo ou à tirer sur les femmes et les enfants d’une foule à Bagdad, ne relève donc pas seulement d’une logique de grande puissance désinhibée, qui prétend imposer sa loi au monde, quel qu’en soit le prix. Elle s’enracine dans l’histoire d’une conception de la vie en société, qui est une négation de la notion même de société. Si plus de 10 000 personnes meurent par balles aux Etats-Unis chaque année (contre quelques dizaines au Canada, au Royaume-Uni ou en France), cela ne tient pas qu’aux médias agitant l’angoisse sécuritaire ; cela vient du fait qu’une part de ce qui fonde la substance d’une société n’a jamais été formée dans ce pays.
Sans doute cette explication n’est-elle pas absolument vraie, mais elle constitue un fil rouge pour rendre compte de la violence essentielle en provenance des Etats-Unis, jusques et y compris ce désir buté de régler les désaccords internationaux par l’action illégitime et le massacre de civils