grandir…
août 24, 2009
Les petits vélos pensent qu’en grandissant ils vont devenir des grosses motos…
Rilke
mars 25, 2009
Combien le pape au fond de son faste,
sans être moins vénérable,
par la sainte loi du contraste
doit attirer le diable.
Peut-être qu’on compte trop peu
avec ce mouvant équilibre;
il y a des courants dans le Tibre,
tout jeu veut son contre-jeu.
Je me rappelle Rodin
qui me dit un jour d’un air mâle
(nous prenions, à Chartres, le train)
que, trop pure, la cathédrale
provoque un vent de dédain.
Aus: Vergers (1924/1925)
Image ou tyranie
janvier 8, 2008
Bien sûr, je suis comme vous : je m’en fous. Que Valérie Begue conserve ou pas sa couronne de Miss France (finalement, elle la conservera), c’est le cadet de mes soucis. De même que je me fiche éperdument de savoir ce qu’il y a sous le maillot de Laure Manaudou. Il me semble pourtant que les deux lamentables affaires qui ont défrayé la chronique people en cette fin d‘année 2007 méritent un peu plus qu’un haussement d’épaules. Elles ne sont pas si futiles qu’il y paraît, si l’on
veut bien les considérer pour ce qu’elles sont : deux nouvelles illustrations de la marche irrésistible de notre société clean, gaie et technologique vers une forme, je pèse mes mots, de cybertyrannie.
La question n’est pas tellement de savoir qui a mis sur la place publique ces photos très privées, et pourquoi. Qu’il existe des gens mus par la jalousie, la malveillance, l’appât du gain et j’en passe, on sait cela depuis Homère. Ce qui est nouveau, ce sont les possibilités inouïes qu’offre la technique moderne – photo numérique, téléphone portable, internet, etc. –, lorsqueces charmantes dispositions de l’âme humaine rencontrent ces autres données universelles que sont l’envie, le voyeurisme et le goût du scandale. « D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné », écrivait Beaumarchais dans « le Barbier de Séville ». On n’en est plus là. Fini le « piano-crescendo ». Photos volées, rumeurs, calomnies et secrets de famille voyagent aujourd’hui à la vitesse de la lumière. Tapez « Manaudou nue » sur Google, en 0,06 seconde le moteur de recherche vous propose
227 000 pages. 227 000 ! Les victimes peuvent bien se démener, menacer de poursuites, exiger que soient retirés les documents compromettants…
Peine perdue. Pour une page fermée, dix autres s’ouvrent. L’avocat de Valérie Begue peut toujours demander en référé que le magazine « Entrevue » soit interdit de vente à la Réunion. Les photos incriminées ont déjà fait le tour du monde. Aucune digue juridique ne tient. Ni les lois sur la presse ni la législation française sur le droit à l’image, la mieux faite et la
plus protectrice qui soit, n’y peuvent rien. Si les journaux ne publient pas, d’autres s’en chargeront. En tout anonymat. En toute impunité. Les corbeaux, désormais, ne laissent pas de traces.
Des dizaines de romans d’anticipation ont imaginé un futur où chacun vivrait en permanence sous le regard du pouvoir. C’est le modèle « 1984 » : « Big Brother is watching you ». Un cerveau central placé en surplomb de la société, usant des moyens techniques les plus sophistiqués pour espionner les citoyens jusque dans leur intimité et les dépouiller de la liberté la plus élémentaire : le droit au respect de la vie privée. Nul n’avait envisagé que cette intrusion – cette tyrannie de la transparence – puisse être le fait non d’un régime autoritaire, mais d’un système de communication hyperdémocratique,
égalitaire et anarchique. Et qu’elle ne viserait pas à bâillonner les opposants, mais tout simplement à satisfaire la curiosité des conso-« mateurs ». C’est pourtant ce qui nous guette. La pitoyable affaire Manaudou donne un avant-goût des développements possibles d’une révolution qui ne fait que commencer. Juste une bonne blague, une histoire de fesses ? Les rieurs devraient prendre garde : personne n’est à l’abri. Big Brother, potentiellement, c’est n’importe qui. Votre voisin, votre ex, votre collègue de bureau, l’employé qui gère votre compte en banque. Quiconque peut avoir accès à votre misérable petit tas de secrets, et intérêt à les exposer au grand jour.
Nocturne et solitaire
septembre 21, 2007
« Mon farniente citadin vit et se laisse vivre sous la
variété de la nuit. La nuit est une longue fête solitaire. »
JORGE LUIS BORGES, Lune d’en face.
efficace et sec
septembre 13, 2007
« Il se recoiffe, met ou enlève sa veste ou son écharpe ainsi qu’on lance une fleur dans une tombe encore entrouverte. »
JEAN-JACQUES SCHUHL,
Rose Poussière.
Sur le rêve
août 21, 2007
quand on tue de grands rêves
il coule beaucoup de sang.
Milan Kundera (La vie est ailleurs, trad. François Kérel, p.248, Folio n°834)