GONFLETTE
septembre 9, 2008
On ne porte pas seul longtemps un amour à bout de bras. Ou cela devient de la gonflette!
Choisir
août 14, 2008
Il en est des relations avec les êtres comme de la relation avec Dieu selon Pascal : à un certain moment, il faut parier. Non plus composer, doser, tergiverser, mettre ses oeufs dans tous les paniers, mais s’engager enfin, une fois. Lavelle : « Bien qu’il [l'amour] soit universel et qu’il nous oblige à aimer toutes les créatures comme l’intelligence qui, elle aussi, est universelle et nous oblige à penser tout ce qui est, on comprend qu’il puisse y avoir pour lui un être d’élection sur lequel il est juste qu’il se porte, comme l’intelligence qui s’attache avec prédilection à une seule idée où elle retrouve pourtant la vérité tout entière. » Et Jankélévitch : « Les amitiés s’entre-empêchent dans un coeur trop hospitalier. »
CE QU’ON DONNE, CE QU’ON NE DONNE PAS
juin 9, 2008
À force d’être odieux on finit tout de bon par se faire haïr. Ce qu’on donne en amour finit toujours, dit-on, par nous être imputé. Ce qu’on ne donne pas aussi.
BOUDERIE
janvier 29, 2008
La bouderie, comme substitut de la colère et des coups, refus de déballer le linge sale, volonté de tout garder en dedans, bref comme bonne manière. Comme façon de laisser l’autre deviner sans un cri, sans un mot, ce qu’on lui reproche. Comme scène de ménage en creux, partie de cache-cache psychologique, braille du malheur.
Dans un premier temps, la bouderie apaise : car on a une attitude à tenir, on attend quelque chose et, en attendant, on n’a plus rien à décider. Ce qui rend l’amour — je veux dire l’amour actif, l’amour non assuré et volontariste, l’amour qui doit séduire — si épuisant, c’est qu’il faut décider sans cesse.
Entrer dans la bouderie est une décision qui coûte, qu’on ne peut prendre qu’en serrant les dents, et réaliser qu’au prix d’efforts considérables. On s’y lance comme on nage sous l’eau : fonçant, puis — comme on ne sait pas bien prendre sa respiration en crawlant —, s’asphyxiant, et, les poumons au bord de l’éclatement, plus ou moins vite obligé de se relever.
De la bouderie comme façon de s’approcher au plus près du deuil. Quasi-deuil volontaire, à distinguer du quasi-deuil involontaire que provoque l’absence de l’être aimé.
Lien entre la bouderie et le deuil : l’irréversible. Ce qui est saccagé (volontairement, masochistement, dans le premier cas, désespérément dans l’autre) ne sera jamais entièrement rattrapé. C’est comme un arrachement. Mais ici définitif et là permettant que quelque chose renaisse plus fort.
La bouderie fait partie d’une économie. On demande une augmentation, une prime de risque, une compensation. Cela se passe bien si l’on tombe sur un partenaire social partisan du dialogue, qui s’excuse, qui accorde le supplément. Sinon, blocage, retour à la sauvagerie des premiers âges, comme une grève de routiers qui tourne mal.
Il faut savoir terminer une bouderie.
En vérité, la bouderie est bien plus qu’une bouderie. C’est le goût du tragique injecté dans la vie quotidienne.
La sortie de la bouderie. Seulement possible si l’être boudé fait effort et fait route vers l’être boudant, entre dans son deuil, se met gravement, doucement, humblement au diapason de sa tristesse, entre en contact avec elle, en prend sa part, comme par le principe des vases communicants. Délices, ensuite, de cette carence partagée.
Cette communication subreptice, avortée, malade, douloureuse — mais communication tout de même — dans la bouderie (la bouderie n’est pas désir de rompre mais au contraire de renforcer durablement les liens). À l’instant, tenez, cette longue sonnerie de téléphone — bien plus longue que celle que ferait n’importe qui. Vous ne décrochez pas mais vous ne pouvez vous empêcher de penser que c’est elle, que c’est lui, qui vous appelle. Et vous souffrez intensément à chaque sonnerie. Et elle aussi, lui aussi, doit se dire que vous êtes là et que vous ne voulez pas décrocher, elle ou il attend, supplie doucement (ou, qui sait ? enrage). Vous vous connaissez déjà assez pour que puisse ainsi exister, à des kilomètres de distance, dans l’incertitude et l’invisibilité, cette pathétique sous-conversation.
AMOUR ET TEMPS
janvier 22, 2008
Aimer oblige à jouer avec le temps (s’abstenir, patienter), alors que tout d’un coup on a l’impression de ne plus pouvoir attendre, qu’on ne peut plus rester une minute seul, que chaque seconde vécue sans elle, sans lui, est gâchée, qu’elle, qu’il devrait être là, que ce serait bien mieux, que ce serait cette folie improbable et si simple : le bonheur.
L’amour est un considérable accélérateur de familiarité et de connaissance entre deux êtres. Une manière de gagner du temps — mais aussi de tout brûler d’un coup. Sauf si le relaie l’amitié, de même que, sur les radios ou les ordinateurs, les piles relaient le secteur.
La part d’amitié qu’il y a dans une affection — qui empêche que ce soit une pure passion amoureuse avec toute la fulgurance, tout le primat d’érotisme, donc de fugacité, que cela implique — fait aussi qu’elle peut résister au temps et durer des décennies. Comme ces pièces de monnaie dont le bord est fait d’un autre métal plus résistant que le centre. La durée n’est hélas pas plus un avantage que ce ne le serait de recevoir le plus beau roman du monde non en une fois mais par abonnement, une page par mois.
1. Jean Giraudoux, « Le Printemps » [1906], in Provinciales, Paris, Grasset, 1909 (repris dans OEuvres romanesques complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1993, p. 85)
AMOUR ET AMITIÉ
janvier 21, 2008
L’amour, mieux que l’amitié. Ce qui n’est pas scellé par la chair est peu de chose. Deux esprits dont les corps n’ont pas été unis ne sont pas unis, leur commerce n’est qu’illusion, n’est pas attachement mais frôlement, n’est pas connaissance mais tâtonnement, pas complicité, pas connivence mais simple et vague coexistence. Le dernier des gredins, la dernière des impures qui te connaît au sens biblique te connaît mieux, a été plus près de toi, dans les siècles des siècles, que l’être le plus profond que tu n’auras fréquenté qu’en esprit. Dans la rencontre, l’esprit et le corps sont indissociables et se renvoient l’un à l’autre. L’un est garant, métaphore, complément, explicitation, épanouissement de l’autre. La rencontre est communion et en tant que communion — la théologie dit vrai — ne peut se faire que sous les deux espèces. Amen.
« C’était le printemps, frère de l’été. Vous n’auriez pas su distinguer le blé du gazon, ni l’amitié de l’amour. » Jean GIRAUDOUX
En japonais, « amitié » se dit par l’association de deux kanjis : hiou, l’ami, et jô, coeur jeune, coeur bleu, émotion, sentiment, passion, ce qui signifie au total un peu plus qu’« amitié » en français.
absurdité de l’amour
janvier 16, 2008
Il n’existe rien de pire. Il n’existe rien de mieux.