Choisir

Il en est des relations avec les êtres comme de la relation avec Dieu selon Pascal : à un certain moment, il faut parier. Non plus composer, doser, tergiverser, mettre ses oeufs dans tous les paniers, mais s’engager enfin, une fois. Lavelle : « Bien qu’il [l'amour] soit uni­versel et qu’il nous oblige à aimer toutes les créatures comme l’intelligence qui, elle aussi, est universelle et nous oblige à penser tout ce qui est, on comprend qu’il puisse y avoir pour lui un être d’élection sur lequel il est juste qu’il se porte, comme l’intelligence qui s’at­tache avec prédilection à une seule idée où elle retrouve pourtant la vérité tout entière. » Et Jankélévitch : « Les amitiés s’entre-empêchent dans un coeur trop hospita­lier. »


Randy rules

A Few Words in Defense of Our Country

By Randy Newman

I’d like to say a few words
In defense of our country
Whose people aren’t bad nor are they mean
Now the leaders we have
While they’re the worst that we’ve had
Are hardly the worst this poor world has seen

Let’s turn history’s pages, shall we?

Take the Caesars for example
Why within the first few of them
They had split Gaul into three parts
Fed the Christians to the lions
And burned down the City
And one of ’em
Appointed his own horse Consul of the Empire
That’s like vice president or something
That’s not a very good example, is it?
But wait, here’s one, the Spanish Inquisition
They put people in a terrible position

I don’t even like to think about it
Well, sometimes I like to think about it

Just a few words in defense of our country
Whose time at the top
Could be coming to an end
Now we don’t want their love
And respect at this point is pretty much out of the question
But in times like these
We sure could use a friend

Hitler. Stalin.
Men who need no introduction
King Leopold of Belgium. That’s right.
Everyone thinks he’s so great
Well he owned The Congo
He tore it up too
He took the diamonds, he took the gold
He took the silver
Know what he left them with?
Malaria

A president once said,
“The only thing we have to fear is fear itself”
Now it seems like we’re supposed to be afraid
It’s patriotic in fact and color coded
And what are we supposed to be afraid of?
Why, of being afraid
That’s what terror means, doesn’t it?
That’s what it used to mean

The end of an empire is messy at best
And this empire is ending
Like all the rest
Like the Spanish Armada adrift on the sea
We’re adrift in the land of the brave
And the home of the free
Goodbye. Goodbye. Goodbye.


Les malfaisants

Je me suis toujours dit qu’il y a trois types de malfaisants sur la planète : le juriste, le psy et le con. Si je veux commettre une saloperie, je trouverai toujours un juriste pour justifier mon acte, un psy pour l’excuser et un con pour me pardonner…


Irlandais de Lisbonne: Merci!

Les gens qui vont voter Non à la constitution européenne sont des crétins, des abrutis, des imbéciles, des incultes. Petit pouvoir d’achat, petit cerveau, petite pensée, petits sentiments. Pas de diplômes, pas de livres chez eux, pas de culture, pas d’intelligence. Ils habitent en campagne, en province. Des paysans, des pécores, des péquenots, des ploucs. Ils n’ont pas le sens de l’Histoire, ne savent pas à quoi ressemble un grand projet politique. Ils ignorent le grand souffle du Progrès. Ils crèvent de peur.
Jadis, ces mêmes débiles ont voté non à Maastricht ignorant que le oui allait apporter le pouvoir d’achat, la fin du chômage, le plein emploi, la croissance, le progrès, la tolérance entre les peuples, la fraternité, la disparition du racisme et de la xénophobie, l’abolition de toutes les contradictions et de toute la négativité de nos civilisations post-modernes, donc capitalistes, version libérale.
L’électeur du Non est populiste, démagogue, extrémiste, mécontent, réactif. C’est le prototype de l’homme du ressentiment. Sa voix se mêle d’ailleurs à tous les fascistes, gauchistes, altermondialistes et autres partisans vaguement Degrellien, cette vieille lune dépassée à l’heure de la mondialisation heureuse. Disons le tout net : un souverainiste est un
chien.
En revanche, l’électeur du Oui est génial, lucide, intelligent. Grosse carte VISA, immense encéphale, gigantesque vision du monde, hypertrophie du sentiment généreux. Diplômé du supérieur, heureux possesseur d’une bibliothèque de Pléiades flambant neufs, doté d’un savoir sans bornes et d’une sagacité inouïe, il est propriétaire en ville, urbain convaincu, Bruxellois,Parisien ou Madrilène si possible. Il a le sens de l’Histoire, d’ailleurs il a installé son fauteuil dans son sens et ne
manque aucune des manies de son siècle. Le Progrès, il connaît. La Peur ? Il ignore. Le debordien Sollers, le sartrien BHL et le kantien Luc Ferry vous le diront.
Bien sûr le Ouiste a voté oui à Maastricht et constaté que, comme prévu, les salaires s’en sont
trouvé augmentés, le chômage diminué et fortifiée l’amitié entre les communautés. Le votant
du Oui est démocrate, modéré, heureux, bien dans sa peau, équilibré, analysé de longue date.
Sa voix se mêle d’ailleurs à des gens qui, comme lui, exècrent les excès : le démocrate libéral, l’humaniste de conviction chrétienne, le socialiste wallon, le patron à l’écoute, l’écologiste mondain. Dur de ne pas être Ouiste…

Jusqu’où doit-on aller avant de commettre l’irréparable….?


Colères populaires

Des employés, des cadres inquiets du prix de leur alimentation courante ; des travailleurs pauvres, des retraités glanant dans les poubelles des supermarchés : la question du pouvoir d’achat dissout le crédit des gouvernements en place. En Belgique, en France, en Italie, au Royaume-Uni, les formations au pouvoir ont essuyé de cuisants revers lors des élections communales. Aux Etats-Unis, le Parti républicain a perdu depuis mars dernier trois de ses bastions lors de consultations législatives partielles. L’une des circonscriptions lui était acquise depuis trente-trois ans, l’autre depuis vingt-deux. Dans la troisième, le sortant avait été réélu lors du scrutin précédent avec 66 % des voix.

Pour une majorité de la population, la vie quotidienne se durcit. En Italie et en Espagne, le mal est imputé à l’euro. Mais le « panier de consommation » britannique coûte lui aussi 15 % de plus qu’il y a un an. Et, dans le même laps de temps, le prix des œufs a augmenté de 30 % dans nos supermarchés ; celui du lait, des tomates, de 15 % ; celui du riz, des pâtes, du pain, de 12 %. Ni le prix des loyers, ni ceux de l’énergie n’apaisent la blessure…

Une reprise — aléatoire — de la croissance ne résoudra pas le problème de fond. Inversant un propos fameux datant de 1953 (« Ce qui est bon pour General Motors est bon pour le pays »), l’ancien ministre des finances américain Lawrence Summers vient d’admettre que « ce qui est bon pour l’économie mondiale et les champions du business ne l’est pas nécessairement pour les salariés ». Motif invoqué pour un tel tête-à-queue : « Un découplage peut-être inévitable entre le monde des affaires et celui des nations (1). »

Inévitable, pas imprévu… Consécutifs à une guerre aux salaires conduite au nom de la recherche de « compétitivité » et de la rage taxatoire imprimée aux entreprises sur le sacro-saint « coût du travail », la stagnation ou le recul du pouvoir d’achat ont été enfantés par des choix politiques. La leçon a-t-elle été retenue dans plusieurs pays européens ? Grève des ouvriers allemands en mars dernier, des enseignants britanniques en avril, des routiers grecs et des marins pêcheurs français en mai…

Pour qui refuse de voir que la baisse de la part des revenus du travail dans la richesse nationale explique les problèmes actuels de niveau de vie (2), les « solutions » de rechange ne font jamais défaut. Davantage d’hypermarchés pour « accroître la concurrence entre les distributeurs », ainsi que le propose Notre Ami Didier Reynders. Davantage de « sacrifices » afin que l’augmentation des prix alimentaires ou de ceux de l’énergie soit absorbée sans contrepartie par les salariés. Et qu’ils concourent ainsi aux objectifs sacrés (2 % d’inflation) qui obsèdent une Banque centrale européenne avant tout soucieuse de complaire aux rentiers et à leur pouvoir d’achat.

Quant aux autres, ils peuvent toujours, tel l’avare de Molière, « faire bonne chère avec peu d’argent ». Directeur général du Centre de recherche pour l’information des organisations de consommateur, M. Marc VANDERCAMEN le leur suggère : « Le consommateur devra apprendre à optimiser son budget. Ce qu’il sait d’ailleurs déjà assez bien faire. Mais sans se plaindre, en acceptant que le pouvoir d’achat devienne peu à peu une notion plus qualitative, une capacité à arbitrer entre différentes dépenses, bref un pouvoir de choisir ses achats (3). » Un sociologue lui a emboîté le pas : « On peut très bien payer ses communications téléphoniques à la carte. De même pour le loyer : on peut choisir de déménager pour un logement moins cher (4). »

Travailler plus longtemps, vivre moins bien : faute d’un coup d’arrêt inspiré d’un précédent vieux de quarante ans, la destination proposée a le mérite de la clarté.

(1) Lawrence Summers, « A strategy to promote healthy globalisation », Financial Times, Londres, 5 mai 2008.

(2) Aux Etats-Unis, le cycle de croissance 2000-2007 s’est conclu avec une moitié des familles disposant de revenus inférieurs à ce qu’ils étaient sept ans plus tôt, une situation sans précédent historique.

(3) PRIX JUSTE OU JUSTE LE PRIX LA GUERRE DES PRIX AURA-T-ELLE LIEU ?, Bruxelles, 8 Novembre, 2007.

(4) Gérard Mermet, Les Echos, Paris, 21 avril 2008.


CE QU’ON DONNE, CE QU’ON NE DONNE PAS

À force d’être odieux on finit tout de bon par se faire haïr. Ce qu’on donne en amour finit toujours, dit-on, par nous être imputé. Ce qu’on ne donne pas aussi.


LA MARQUISE DE WALESA

Sa Majesté nomma comme seconde courtisane, après la marquise de Lyon, la marquise de Walesa en expliquant que si elle n’était en rien issue de l’univers de l’intelligence qualitative, elle avait longtemps jonglé avec ses notions en ayant eu pour amant le Duc de Pouf-Pouf.

Notre Energique Souverain appréciait l’allure ranine* et volontaire de la marquise, sa façon de truffer les phrases d’injonctions perlocutoires sur le caractère désespérant et désespéré de la cour, ses exploits d’hier face à la dépression, son goût ardent de la course à pied dans les galeries du palais, et, au-dessus de tout, qu’elle fut la grand tante par alliance du chef de Directoire de la cour à l’époque où notre glorieux royaume ressemblait plus à Chicago qu’à une cité veule, grégaire et commune . Chicago ! La Chicago mythique des séries télévisées dont Sa Majesté était gavée, la Chicago des gangs, des distilleries clandestines et des mitraillettes aux chargeurs en camembert, la Chicago d’Al Capone et d’Eliot Ness. Il y avait un peu de ce sel chez la marquise de Walesa. Elle ne présentait bien en aucune circonstance hâlée comme au retour de Biarritz, le cheveu prune et fer taillé comme un casque de soldat de l’empire, les lunettes de prix mais négligemment posée sur un regard absent de toute curiosité intellectuelle, un sourire plein de dents fort hollywoodien. Enfin, elle illustrait jusqu’à l’extravagance l’individualisme forcené de la pensée régnante. « Vous voulez gagner des sous ? disait-elle. Faites comme moi, travaillez plus et plus encore, arrêtez de penser, agissez ! »

*Ranidés, subst. masc. plur., zool. Famille de batraciens anoures comprenant notamment les grenouilles. Les Grenouilles, ou Ranidés (…) constituent la famille d’Anoures la plus riche en espèces (La Vie des animaux, dir. P.-P. Grassé, 1977 [1969], p. 349).

Prononc.: [ʀanin]. Étymol. et Hist. 1. 1690 veines ranines (Fur., s.v. ranulaire); 2. 1803 « espèce de cancre qui ressemble à la grenouille » (Boiste). Dér. sav. du lat. rana « grenouille », au sens 1 à cause d’une certaine anal. de forme; cf. ant. ranin qualifiant l’ache qui croît dans les eaux habitées par des grenouilles (xve s.; 2 attest. ds Gdf.).


Si j’avais été Pâris…

C’est pas par avarice
Mais je bosse qu’avec des vilaines
Si j’avais été Pâris
J’aurais pas voulu d’Hélène
Je fais gaffe aux noisettes
Comme au Farah Fawcett
On s’y casse les dents
Souvent y’a rien dedans Lire la suite

LE COMTE DES LISSANCES

Le comte des Lissances était un bel esprit mais l’importance lui tournait la tête ; son ver rongeur était de n’être point le maître de toute la télématique du royaume. Toujours plein de ses occupations et, avec qui que ce fût, roi de ses moments et de ses heures, et le tyran de ses familiers, il s’étourdissait de sa fonction sans peut-être y croire lui-même. Personne n’avait plus d’agrément, de mémoire, de lumière, de connaissance de notre informatique, d’art de ménagement pour savoir les prendre, plaire, s’insinuer, et parler toutes sortes de langages ( asp, java, xml, asps) ; beaucoup de savoirs et des talents sans nombre qui le rendaient propre à tout, car en surplus il était décoratif. Tandis que Sa Majesté se réservait de choisir quel sous-traîtant serait le plus à même de  fournir à sa cour l’infrastructure de communication ;  pigeon voyageur et autre messager, le comte additionnait les voyages et les formation de programmeur et le travail à domicile, lançant des solutions qui tombaient aussitôt, mal faisables ou mal perçues, faute de moyens, faute de clarté, faute d’une étude approfondie des dossiers particuliers à chaque mission. Le comte se fiait trop à sa rigueur binaire comme s’il passait la main sur une rangée de moulins à prières, mais les formules mécaniques ne montaient guère jusqu’au ciel et les dieux lui étaient sourds.


LA GRANDE DUCHESSE (DE GERÖLSTEIN)

C’était une Carolorégienne des bords de Meuse. Elle avait du mordant, on disait même qu’elle avait de grandes dents, tant au-dehors qu’au-dedans. Sa filiation, son féminin, son âge tendre encore pour un puissant ministère, tout ce qui devait l’entraver la libéra. Se retournant vers son passé, la baronne lançait des formules : « On peut être pauvre et heureux », ceci à l’adresse de ces millions de pauvres englués tout en bas, sans autre espoir que l’EuroMillions, et dont personne ne voulait même au banc de nage d’une galère. La Grande Duchesse leur prouvait qu’elle aussi venait d’en bas, à la cité du pays noir, avec une ribambelle à nourrir qui n’avait tôt fait que de mettre à sac son carrosse de fonction, pour des parents qui n’avaient pas appris à lire. A l’école, qui n’était pas tout à fait celle de la République mais celle des carmélites, et portait un nom prédestiné, le Devoir, la jeune baronne disait déjà à ses condisciples de s’ouvrir, et aux cours de catéchisme leur lisait des extrait du code pénal. Mais voyons-la monter par échelon, dans une ascension impatiente et laborieuse comme il sied aux acharnés. A 15 ans, elle était sacrée meilleure vendeuse en bains moussants et lotions rafraîchissantes pour danseuses du ballet royal de Belgique notre voisin pays, puis, pour financer ses études de Doit dans le Namurois, elle se fit aide-soignante de nuit, à vider les pots des scrofuleux, passant ensuite au rayon charcuterie chez GB. Ayant appris le porte-à-porte, elle allait s’en servir, mais à de meilleures portes et avec culot. Elle écrivit aux plus grands, les bouscula, les éblouit de son aplomb. Aussi, lorsque devenue magistrate elle sollicita la grandissime faveur de travailler aux côtés de l’empereur GIBERT V, lors même que notre Souveain n’était que prétendant au trône, celui-ci se reconnut en elle et l’adopta.


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